San Antonio parlait de la célébrissime danse du ventre de “La graine et le mulet” 21 ans avant la sortie du film. Ça, c’est de la science-fiction !
“Je m’exorbite sur la gonzesse. Apprécie ses formes, sa souplesse, sa coquinerie. Une liane, Eliane ! Le serpent des pharaons. A la fois provocante et mystérieuse.
“Une musique en play-back retentit nazillarde, mélopesque, où domine l’aigrelet lamento d’une petite flûte. Elle commence à trémousser. De Dieu, ce travail ! Complètement désarticulée, la mère ! Son bide est à New York quand son prose est à Moscou, et visez-moi ça ! T’arrives pas à suivre les gambades de son nombril tellement qu’il yoyote vite !”
C’est dans “Le trouillomètre à zéro” aux Ed. Fleuve Noir, 1987. Ecrit par Frédéric Dard spécialement pour la soirée couscous de “Vendredi c’est écologie”, merci Frédéric.
Cinéma Quatre prix pour le film d’Abdellatif Kechiche, déjà victorieux avec “L’Esquive”
Les Césars se démarquent du box-office en récompensant “La Graine et le mulet”
LE MONDE | 23.02.08
Cinq César pour La Môme, quatre pour La Graine et le mulet. En nombre de trophées, la biographie filmée d’Edith Piaf l’emporte sur le portrait de famille dans le port de Sète. Mais en cette 33e cérémonie des Césars, organisée le vendredi 22 février au théâtre du Châtelet, à Paris, le film d’Abdellatif Kechiche a remporté les récompenses qui comptent : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, auxquelles s’ajoute le César de l’espoir féminin qui est allé à Hafsia Herzi.
En face, La Môme peut se prévaloir du César de la meilleure actrice, pour Marion Cotillard ; et de récompenses pour les décors, la direction de la photographie, le son et les costumes.
Le sort que le collège électoral de l’Académie des Césars (qui compte 5 829 inscrits, mais on ne saura pas combien ont voté) a réservé à La Graine et le mulet est exactement le même que celui qu’avait connu le précédent film d’Abdellatif Kechiche, L’Esquive, sorti fin 2004. A la cérémonie de février 2005, L’Esquive avait été sacré meilleur film et Kechiche meilleur réalisateur et scénariste, Sara Forestier précédant Hafsia Herzi au poste d’espoir féminin.
IMPRESSION DE DÉJÀ-VU
Pour ajouter à l’impression de déjà-vu, Mathieu Amalric avait été élu meilleur acteur (pour Rois et reine, d’Arnaud Desplechin), un trophée qu’il a à nouveau reçu en 2008, cette fois pour son rôle de tétraplégique dans l’adaptation de Le Scaphandre et le papillon, réalisée par Julian Schnabel.
D’année en année, le collège électoral des Césars assume de plus en plus ouvertement son rôle de correction du box-office. Il faut remonter à 2002 pour que le palmarès récompense le film français le plus populaire de l’année, en l’occurrence Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Depuis, le trophée du meilleur film est allé à des longs métrages en anglais (Le Pianiste), québécois (Les Invasions barbares) ou à des films dont la carrière était loin d’être faite, comme l’an passé Lady Chatterley, de Pascale Ferran.
Une tonalité qui contraste de plus en plus avec le rituel télévisé des Césars, tout entier tourné vers la distraction. Cette année, Antoine de Caunes a succédé au poste de présentateur à Valérie Lemercier (cette transition a d’ailleurs donné sa matière à l’un des seuls moments drôles de la soirée, un pastiche de La Môme interprété par les deux animateurs).
Une succession de sketches inspirés du music-hall d’antan (mime par Elie Semoun, chiens savants, chansonnettes poussées par les acteurs Jean-Paul Rouve et Gilles Lellouche) ont parfois atténué l’impression de répétition que procure toujours une cérémonie, et parfois semblé étirer encore un peu le temps.
PRÉLUDE AUX OSCARS
Il est arrivé que l’on parle de cinéma : l’auteur allemand de La Vie des autres (meilleur film étranger), Florian Henckel von Donnersmarck, a cité Elia Kazan qui savait, quand un de ses projets était rejeté aux Etats-Unis, qu’on le comprendrait en France. Et Jeanne Moreau, qui recevait un “super-César d’honneur” à l’occasion de ses soixante ans à l’écran, a évoqué les tourments présents du cinéma français, conflit entre grands circuits et salles municipales, baisse des subventions au cinéma en région.
Avancée au vendredi pour ne pas affronter la concurrence télévisuelle du match France-Angleterre de rugby programmé ce samedi 23 février, la cérémonie des Césars a ainsi pu remplir pleinement son rôle de prélude aux Oscars. Marion Cotillard disposait ainsi d’une journée pour gagner Los Angeles, où elle est donnée favorite par le New York Times pour l’Oscar de la meilleure actrice. Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi, Césars du premier film et de l’adaptation pour Persepolis, devaient emprunter la même ligne, puisque leur long métrage concourt à l’Oscar du meilleur dessin animé.
Thomas Sotinel
Article paru dans l’édition du 24.02.08.
